
Géraldine
De chef de produit à sage-femme
Quel est le métier que tu exerces aujourd'hui?
Aujourd'hui je suis chef de produit depuis environ 10 ans. J’ai travaillé dans différents domaines techniques notamment l'automobile et le bricolage.
Quelle est ta journée type aujourd'hui?
Ma journée type: plusieurs réunions, des traitements d’e-mails, etc. Je dois développer des gammes avec les acheteurs européens et chinois et avec les fournisseurs, qui répondent à des réglementations qualité, réglementations légales et au bon prix pour les enseignes du groupe que l’on distribue dans différents pays d'Europe et UK.
Qu'est-ce qui te pousse à vouloir un changement professionnel?
Ce qui me pousse aujourd'hui, et depuis plusieurs années maintenant, c'est la quête de sens. Je ne trouve pas vraiment de sens à ce que je fais. Je veux pouvoir être fière de ce que je fais, le raconter avec excitation et fierté à mes proches et pouvoir expliquer ce que je fais à ma fille. Et puis pouvoir me sentir utile, parce qu’aujourd’hui je ne me sens pas utile dans ce que je fais, je ne me suis jamais sentie utile jusqu'à maintenant. Je ne vois pas ce que j'apporte en plus. J'aimerais être experte sur un sujet qui me passionne. Le virage des 30 ans a joué et la maternité m'a fait changer et découvrir le métier dans lequel je m'oriente aujourd'hui.
Quel est le changement que tu es en train d'amorcer ou que tu as amorcé?
Je voudrais reprendre des études pour devenir sage-femme. Ce sont des études qui durent au moins 5 ans donc c'est un grand projet, pas uniquement pour moi, c'est aussi un projet de famille: 5 ans sans revenus et un retour sur les bancs de l'école pour un virage à 180°.
Pourquoi c'est aussi important pour toi de te lancer?
Parce que c'est ce que je ressens aujourd'hui, ça me paraît évident de me lancer. Je suis hyper excitée dès que j’en parle ou dès que je m’occupe de ce projet et je pense que c'est ma place. Dans mon boulot aujourd'hui, je ne me sens pas à ma place. Je ne me suis jamais sentie à ma place depuis que je travaille finalement. C’est devenu un besoin viscéral de changer et de m’orienter dans cette direction.
Pourquoi tu seras à ta place en tant que sage-femme?
C’est un sujet dont je peux parler pendant des heures, cela me passionne - toutes les facettes du métier, accompagner les autres, notamment les femmes dans toutes les étapes de leur vie et dans leur intimité quand elles sont le plus vulnérables mais aussi le plus fortes - cela répond à mes valeurs et à mes envies. Je me suis toujours sentie mauvaise dans ce que je fais et en tant que sage-femme, je pense pouvoir faire une différence et devenir très compétente - cela serait la première fois de ma vie.
Quelle est la femme que tu te vois devenir une fois ton objectif atteint?
Une version à sa place, fière de ce qu’elle fait et plus épanouie, plus sereine. Plus pétillante - je perds de ma lumière dans mon travail actuel, je m'éteins et il est hors de question que je m'éteigne jusqu'à ma retraite.
Et qu'est-ce que tu penses être l'impact sur le reste de ta vie?
En étant plus pétillante et lumineuse, ça impacte tout le reste et les autres avec qui on vit, de manière positive. A court-terme, un impact sur ma famille, un impact financier etc… un peu de sacrifice mais je pense que cela en vaudra la peine pour que je sois à ma place, positive et épanouie: c'est un investissement à long terme.
Est-ce que tu as des peurs ou des doutes?
J'en ai plein. La première c'est la peur financière parce que je n’aurais pas de revenus pendant 5 ans, des frais de formation et un futur salaire plus bas qu’aujourd’hui. Ensuite, la gestion du quotidien avec la famille et les enfants: j’aurais des horaires décalés, du travail de nuit. Le milieu médical et hospitalier me font également un peu peur, ils peuvent être difficiles et ce sont des milieux que je ne connais pas encore vraiment. Il faudra que je trouve ma place. Et enfin je vais reprendre des études avec des jeunes femmes de 19 ans, l’écart générationnel risque d’être compliqué à gérer. Je serais diplômée à 40 ans passés ! De manière générale, j’ai peur de perdre le confort de vie que j’ai connu jusque-là (matériel et logistique) mais toutes ces peurs-là ne contrebalancent pas l’envie de le faire, l’envie est beaucoup plus forte.
Enfin, qu’as-tu découvert sur toi-même depuis que tu as entamé cette réflexion?
La résilience, que j’avais déjà mais que j’ai approfondie. J'ai appris qu'il ne faut rien lâcher, du moins j'essaie de ne rien lâcher et de rester optimiste. 3 ou 4 ans en arrière, si on m'avait dit qu'aujourd'hui je déposerais bientôt mon dossier d'admission, cela m'aurait paru impossible. Mais finalement, ces dernières années, j'ai fait plein de petits pas: un jour un grand pas; pendant des mois zéro pas et puis j'en suis là aujourd'hui. J'ai appris aussi à être tenace. Et puis c’est si dur de se lancer dans une reconversion de cette envergure que cela permet d’asseoir ta volonté quand tu continues. Enfin, l'entourage est très important dans un tel projet. Tu ne peux pas le faire toute seule, il faut être soutenue parce que c'est un peu fou comme idée.